Le jour où mon cerveau a décidé de faire un tour dans le multivers
Mon cerveau est en train de faire des loopings, là, tout de suite, au moment où ils me lâchent devant l’entrée du centre. Je suis encore en plein trip. C’est bizarre, c’est intense, et surtout, c’est pas fini. Quand je ferme les paupières, c’est le grand écran : des réalités alternatives défilent comme si j’étais dans un film de science-fiction sous acide. Si je choisis de me concentrer assez fort sur l’une d’elles, j’ai l’intime conviction que je peux traverser le miroir et atterrir direct dedans. Bienvenue en HP, version « Interstellar ».
Baby-foot, café tiède et Malik
Une fois à l’intérieur, le bruit des néons qui grésillent remplace les délires cosmiques. Je cherche un point d’ancrage dans cette réalité-là : le baby-foot. C’est la seule constante, le seul truc qui me semble tangible. C’est là que je croise Malik. Il se prend pour le roi du stade, le Zidane du tapis vert, celui qui gagne toutes les parties contre les nouveaux arrivants pour asseoir son autorité.
Sauf que Malik ne sait pas qu’en ce moment, je vois le jeu en 4D. Pour lui, la balle est en plastique. Pour moi, elle laisse une traînée lumineuse derrière elle. Je ne joue pas, je prédis l’avenir.
La branlée du siècle
La partie commence. Malik enchaîne les tirages de bourrin, les feintes classiques, les trucs qu’on apprend au café du coin. Moi ? Je suis dans ma bulle. Mes doigts bougent tout seuls. Je vois ses intentions avant même qu’il ne touche la poignée. Un mouvement de poignet ici, une pichenette là, et le ballon finit invariablement au fond de son filet.
Score final : 10-0. Le mec est décomposé. Il regarde ses mains, il regarde la table, il essaie de comprendre comment le « nouveau » totalement perché a pu le faire passer pour un débutant absolu. J’ai même pas besoin de célébrer, le silence dans la salle de vie en dit long. Pendant quelques minutes, le baby-foot a été l’endroit le plus réel de l’univers, et j’en étais le maître incontesté.
Le retour à la réalité
Une fois la partie pliée, le vertige revient. Les réalités commencent à se brouiller à nouveau. Est-ce que j’ai vraiment gagné, ou est-ce que Malik est une projection de mon esprit fatigué ? Peu importe. En HP, on prend les victoires là où on les trouve. Demain, on changera peut-être de dimension, mais pour aujourd’hui, Malik se souviendra que je l’ai atomisé sans même ouvrir les yeux.
L’essentiel
- Le passage en centre psychiatrique peut altérer la perception du réel de manière radicale.
- Le jeu, comme le baby-foot, devient un refuge pour reprendre le contrôle sur un environnement déstabilisant.
- Même au milieu d’un trip intense, le cerveau peut trouver des moments de clarté fulgurante.
- Ne jamais sous-estimer un joueur qui semble perdu dans ses pensées : il est peut-être en train de prédire votre défaite.



