On ne naît pas star, on le devient. Avant de fouler les tapis rouges de Cannes ou de porter des films à plusieurs millions d’entrées, la plupart des légendes du cinéma français ont dû faire leurs armes quelque part. Pour une génération entière d’acteurs aujourd’hui confirmés, ce quelque part ressemble étrangement aux décors en carton-pâte d’une cafétéria légendaire. Dans les années 90, le passage obligé pour gratter ses premiers cachets et apprendre le métier — ou du moins, apprendre à ne pas trop rire devant une caméra — c’était les séries AB Productions diffusées dans le Club Dorothée. Entre les rires enregistrés, les intrigues interminables et un jeu d’acteur parfois… spécial, voici les stars que vous avez peut-être croisées sans vraiment les reconnaître.
Laurent Lafitte : du revolver au smoking
Saviez-vous que Laurent Lafitte a incarné James Bond avant Pierce Brosnan ? Enfin, façon de parler. En 1992, le futur sociétaire de la Comédie-Française fait une apparition remarquée dans Premiers Baisers. Dans l’épisode « Les mémoires d’Annette », il débarque en smoking, revolver à la main, pour offrir à la jeune femme à couettes son tout premier baiser filmé. Ce n’était que le début de son idylle avec les sitcoms, puisqu’on le retrouvera plus tard dans Seconde B et surtout Classe Mannequin, aux côtés de personnalités comme Séverine Ferrer. Un parcours qui prouve qu’on peut passer de la cafétéria de TF1 aux planches du théâtre le plus prestigieux de France sans sourciller.
Guillaume Canet : le passage éclair
Dix secondes. C’est le temps de présence à l’écran de Guillaume Canet dans Premiers Baisers. Avec son look de premier de la classe — les grosses lunettes, accessoire indispensable pour désigner le loser du lycée dans les 90s — il débarque dans une scène de drama sentimental pour interrompre sa petite amie. Clairement, on est loin de la profondeur psychologique d’un Ne le dis à personne, mais c’est aussi ça, la gloire : savoir tout jouer, même le mec qui débarque pour dix secondes dans un décor de studio.
Alexandra Lamy : la reine du caméo
Si la discrétion est une vertu, Alexandra Lamy préférait visiblement la multiplication des apparitions. Elle est sans doute la détentrice du record de passages dans l’univers AB : Les Garçons de la plage, Le Miracle de l’amour, La Croisière Foll’Amour, Les Années fac, ou encore Les Années bleues. Elle a tout testé. Et puis, la magie a opéré : un an à peine après son passage dans Les Années bleues, elle devenait Chouchou dans Un gars, une fille. La preuve qu’à force de persévérance, on finit toujours par quitter les rires enregistrés pour l’histoire du cinéma.
Mathilde Seigner et Alice Taglioni : le revers de la médaille
Certains gardent de très bons souvenirs de cette époque, comme Julie Gayet qui s’amusait à distribuer des claques pour quelques billets, tandis que d’autres sont plus nuancés. Mathilde Seigner, avec son franc-parler habituel, qualifie ses débuts de nullité exceptionnelle, tout en reconnaissant que c’était une école de l’humiliation nécessaire. Plus sombre, Alice Taglioni a confié, dans Elle, avoir gardé un souvenir très malaisant de son tournage dans Hélène et les Garçons, soulignant un climat sexualisé que l’on ne tolérerait plus aujourd’hui. Un témoignage important qui rappelle que derrière le côté kitsch des sitcoms, l’envers du décor était parfois bien plus complexe.
En bref
- AB Productions a servi de tremplin involontaire aux plus grandes stars actuelles.
- La cafétéria de Premiers Baisers reste le décor le plus visité par le futur casting du cinéma français.
- Les salaires, bien que modestes, permettaient aux jeunes comédiens de financer leurs débuts précaires.
- Si ces apparitions prêtent à sourire, elles soulignent aussi l’évolution nécessaire des conditions de tournage dans l’industrie.



