Vingt ans dans l’engrenage du « chemsex » : le témoignage choc de Jérémie
Le « chemsex », ce n’est pas qu’une fête qui dérape. C’est parfois une plongée vertigineuse dans une pratique méconnue et taboue : le « bugchasing ». Jérémie, aujourd’hui rescapé, a accepté de briser le silence sur ces deux décennies passées à naviguer dans les eaux troubles des « plans plombe ». Pendant vingt ans, il a vécu au rythme de relations sexuelles non protégées, avec un objectif bien précis : satisfaire les fantasmes les plus sombres de partenaires en quête de séroconversion.
Le concept est glaçant : des hommes, conscients du risque, recherchent activement le virus du VIH. Jérémie, lui, était le vecteur. « C’était une mécanique de prédation mutuelle », explique-t-il. Il décrit des scénarios où la drogue – souvent la méthamphétamine ou la méphédrone – effaçait les limites, créant une bulle artificielle où la notion de danger disparaissait totalement. Dans ces chambres closes, le corps n’était plus qu’un objet de transmission, et le virus, le dernier tabou à briser.
La quête du « virus cadeau »
Comment en arrive-t-on là ? Pour beaucoup de ces hommes, contracter le VIH n’est pas vu comme un accident, mais comme une forme de libération ou de stigmatisation choisie. Jérémie raconte des scènes surréalistes où la contamination devenait l’apothéose de la rencontre. « Ils me demandaient de ne pas me protéger, ils voulaient cette marque indélébile. C’était le fantasme ultime de la fusion, de l’ultime transgression », confie-t-il.
Ces pratiques, nichées dans les marges de la communauté gay, soulèvent des questions complexes sur le consentement et la santé mentale. Si Jérémie souligne que ces actes étaient « consentis » par les deux parties, la frontière entre désir sincère et détresse psychologique profonde est extrêmement fine. Entre addiction aux produits et quête de sensations fortes, le chemsex agit comme un accélérateur de particules qui finit souvent par brûler ceux qui s’en approchent de trop près.
Sortir du silence
Aujourd’hui, Jérémie a tourné la page. Mais le traumatisme de ces vingt années reste une cicatrice invisible. Son témoignage, initialement recueilli par Vice, n’a pas pour but de juger, mais d’exposer une réalité souvent cachée derrière les rideaux tirés des applications de rencontre. Pour lui, la prévention ne peut plus se limiter aux simples slogans sur le préservatif : il faut parler de santé mentale, d’addiction et de cette soif d’autodestruction qui pousse certains à jouer avec leur vie.
Le récit de Jérémie est un rappel brutal : sous couvert de liberté sexuelle, les dérives peuvent mener à des impasses tragiques. Un témoignage nécessaire pour comprendre que derrière chaque « plan », il y a des trajectoires humaines complexes qui méritent plus qu’un simple clic.
L’essentiel
- Le « bugchasing » désigne la recherche intentionnelle de la contamination par le VIH.
- Le « chemsex » (pratique sexuelle sous influence de drogues) sert souvent de catalyseur à ces comportements à haut risque.
- Le témoignage de Jérémie met en lumière la complexité du consentement dans des situations où l’addiction aux produits altère le jugement.
- Ce récit appelle à une meilleure prise en charge psychologique des publics vulnérables au sein de la communauté LGBTQ+.



